On l'entend partout : le Canada manque de bras. Les journaux parlent de pénurie, les sites d'offres d'emploi débordent d'annonces, les provinces recrutent activement à l'étranger. Et pourtant, quiconque a déjà cherché un poste au Canada le sait : les candidatures partent, les réponses ne viennent pas. Ce n'est pas une impression. Plusieurs indicateurs récents pointent dans la même direction : un marché qui se refroidit, et qui reste particulièrement difficile à percer pour les nouveaux arrivants.
Ce que disent les chiffres sur le chômage
Le taux de chômage canadien est passé de 6,7 % en mars 2026 à 6,9 % en avril, selon Statistique Canada, cité par ICC Immigration. En avril, le pays a perdu environ 18 000 emplois au total, dont 49 000 postes à temps plein, partiellement compensés par des gains en temps partiel. Le chômage chez les jeunes a bondi à 14,3 %. Depuis le début de l'année 2026, plus de 112 000 emplois ont disparu, dont près de 87 000 au Québec seul. Point important souligné par cette même source : la hausse ne vient pas d'un vague de licenciements, mais surtout d'un ralentissement de l'embauche combiné à un nombre croissant de personnes qui se remettent à chercher du travail.
Un autre site spécialisé, Bilingual Source, une agence de placement, décrit une dynamique de « faible embauche, faible licenciement » : les entreprises ne mettent pas les gens à la porte, mais elles n'engagent presque plus. Selon ce site, seulement 0,4 % des travailleurs canadiens ont changé d'emploi en novembre 2025, contre 0,7 % en 2019, soit près de moitié moins. Le ratio de postes vacants par chômeur, qui avait atteint 0,96 à l'été 2022 (presque un poste ouvert par personne sans emploi), serait tombé autour de 0,3 début 2026. Le taux de postes vacants, autour de 2,6-2,7 %, resterait environ un point en dessous de sa moyenne historique de 3,5 %. Ces chiffres proviennent d'une entreprise de recrutement qui vend ses services aux chercheurs d'emploi bilingues : elle a donc intérêt à documenter la difficulté du marché, et l'article ne détaille pas toujours d'où viennent précisément ces statistiques.
Des emplois vacants qui ne trouvent pas preneur
Le paradoxe tient en grande partie à un décalage entre les postes ouverts et les profils disponibles. Toujours selon Bilingual Source, le secteur de la santé aurait ajouté 85 000 postes en un an, porté par le vieillissement de la population, alors que le Canada ferait face à un manque de plus de 28 000 infirmières et infirmiers, et de plus de 23 000 médecins de famille. À l'inverse, des secteurs comme les services professionnels, scientifiques et techniques se contracteraient. Se reconvertir vers la santé ou les métiers spécialisés prend du temps, coûte de l'argent, et se heurte souvent à des exigences de reconnaissance des diplômes que le Canada traite lentement.
Le cas particulier des immigrants
Ce décalage frappe plus fort les nouveaux arrivants. Toujours selon la même source, près d'un tiers des immigrants récents en âge de travailler et titulaires d'un diplôme postsecondaire se disent surqualifiés pour leur emploi actuel, contre environ un sur cinq chez les personnes nées au Canada.
Ce n'est pas nouveau. En août 2022, Statistique Canada relevait déjà, dans une enquête sur la population active portant notamment sur 875 000 immigrants arrivés au Canada au cours des cinq années précédentes, un taux de chômage de 7,6 % chez les immigrants, contre 5 % chez les personnes nées au pays, rapportait Radio-Canada. Des intervenants du milieu de l'établissement des immigrants, cités dans cet article, pointaient déjà l'exigence d'« expérience canadienne » comme un frein récurrent, en particulier pour les métiers réglementés. Cette donnée date de quatre ans : elle ne dit rien du niveau exact de l'écart en 2026, mais elle montre que le phénomène n'a rien de conjoncturel.
Un marché fermé par la loi, pas seulement par la conjoncture
Il y a aussi un obstacle structurel, indépendant du contexte économique du moment. Selon Immigrant.aujourd'hui, un site d'aide à la relocalisation, la loi canadienne oblige la plupart des employeurs qui veulent embaucher un étranger à obtenir d'abord une étude d'impact sur le marché du travail (EIMT), moyennant environ 1 000 dollars canadiens à leur charge. L'entreprise doit y démontrer qu'aucun citoyen ni résident permanent n'était disponible pour le poste, et remplir une documentation abondante. Le site donne un exemple non chiffré de façon indépendante : plus de 3 000 annonces pour des postes de soudeur sur Indeed, mais un candidat étranger devrait, selon lui, envoyer « des centaines, voire des milliers » de CV avant d'obtenir un intérêt. Ce chiffre reste une estimation du site, pas une donnée mesurée.
Ce que ces sources ne montrent pas
Aucune de ces sources n'est une étude scientifique évaluée par les pairs. La plupart sont des blogues de cabinets d'immigration ou d'agences de recrutement, qui ont un intérêt commercial à insister sur la difficulté du marché pour ensuite vendre leur accompagnement. Les méthodes de calcul ne sont pas toujours détaillées, et les chiffres cités proviennent parfois indirectement de Statistique Canada, parfois d'estimations propres au site. La donnée la plus solide, celle de Radio-Canada, s'appuie bien sur une enquête officielle, mais elle date de 2022 et ne permet pas de mesurer l'écart actuel entre immigrants et natifs. Enfin, aucune source ne suit un même groupe de chercheurs d'emploi dans la durée : impossible d'en tirer un nombre fiable de candidatures nécessaires pour décrocher un poste.
Ce que ça veut dire, concrètement
Plusieurs signaux, bien que de qualité inégale, pointent dans la même direction pour 2026 : chômage en légère hausse sur deux mois consécutifs, embauche quasi gelée, moins de postes vacants par chômeur qu'en 2022. Les immigrants récents semblent porter une part disproportionnée de cette difficulté, surtout hors des secteurs réglementés en pénurie déclarée comme la santé, un constat qui rejoint une tendance déjà documentée officiellement en 2022. Cela reste un faisceau d'indices convergents, pas une mesure unique et rigoureuse : de quoi dire que le marché s'est durci, pas de quoi en chiffrer précisément l'ampleur.
Pour aller plus loin
- Canada Unemployment Rate Rises to 6.9% in 2026 – ICC Immigration
- Canada's Job Market Paradox in 2026 – Bilingual Source
- Pourquoi est-il si difficile de trouver du travail au Canada ? – Immigrant.aujourd'hui
- De nouveaux arrivants peinent à trouver un emploi malgré la pénurie de main-d'œuvre – Radio-Canada



