« Comment vous avez fait pour venir au Canada ? » Une question qu'on nous pose souvent. Il n'y a pas une réponse. Il y en a trois, et elles ne se ressemblent pas.
La première porte, c'est étudier. On vient faire un diplôme au Québec, et on pense que le diplôme suffit. Ce n'est pas automatique. Le Programme de l'expérience québécoise, le PEQ, volet diplômés, permettait de demander un Certificat de sélection du Québec, le CSQ, une étape avant la résidence permanente, dès l'obtention du diplôme. Mais tous les diplômes québécois n'y donnaient pas droit : la nature du programme, sa durée, l'établissement, tout comptait, et il fallait vérifier l'admissibilité de son programme avant même de s'inscrire, pas après. Beaucoup découvraient le problème trop tard. Entre le diplôme et la résidence, il y avait aussi un pont : le permis de travail post-diplôme, le PGWP, qui laissait travailler légalement pendant que le dossier PEQ avançait, sans rupture de statut.
Je dis « permettait », au passé, parce qu'en novembre le Québec a aboli le PEQ. CBC rapporte la colère de ceux qui comptaient dessus. Un technicien de laboratoire cité dans l'article, arrivé d'Algérie, résume ça en une phrase adressée au gouvernement : « You broke a promise. » Un autre, porte-parole d'un groupe de défense, parle de se sentir « totally betrayed and abandoned ». Depuis, la seule voie économique directe au Québec passe par un autre programme, plus étroit.
La deuxième porte, c'est travailler, en obtenant un contrat depuis l'extérieur du pays. Là, tout dépend du type de permis de travail qu'on obtient, et la différence entre les deux types change toute l'expérience. Un permis fermé, dit « lié à un employeur donné », vous attache à un employeur précis : si vous voulez en changer, vous devez repasser par une démarche administrative. Un permis ouvert ne vous attache à personne : vous travaillez où vous voulez, pour qui vous voulez. En 2023, 80 % des permis de travail délivrés par IRCC étaient ouverts, et 20 % liés à un employeur donné. Parmi ces derniers, 84 % relevaient du Programme de mobilité internationale et 16 % du Programme des travailleurs étrangers temporaires. Les employeurs de permis fermés sont soumis à un régime de conformité, pensé pour éviter les abus, et il existe même un permis ouvert spécial pour les travailleurs victimes de violence de la part de leur employeur, justement pour qu'ils puissent partir sans tout perdre.
La troisième porte, c'est immigrer directement, sans passer par un employeur ni par un diplôme local. Deux voies, selon qu'on vise le Québec ou le reste du pays : le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, le PSTQ, côté Québec, ou Entrée Express, côté fédéral. Dans les deux cas, on obtient la résidence permanente sans avoir déjà un emploi en poche, avec la possibilité de chercher du travail une fois arrivé. Mais rien n'est gratuit : il faut prouver qu'on peut tenir financièrement. Pour le PSTQ, cela prend la forme d'un Contrat de contribution financière, qui engage à démontrer sa capacité à subvenir à ses besoins pendant les trois mois suivant l'obtention du statut, selon les exigences du gouvernement du Québec. Le programme classe les candidats selon leur occupation principale, identifiée par un code de la Classification nationale des professions, et répartit les dossiers entre quatre volets, des compétences hautement spécialisées jusqu'au talent exceptionnel. Côté Entrée Express, des témoignages de candidates racontent surtout l'attente et la pile de documents à réunir avant de pouvoir déposer quoi que ce soit.
Ces portes ne sont pas fixes. Le patronat québécois a dénoncé le moratoire sur le PEQ et les seuils prévus pour les invitations PSTQ, estimant que les conséquences économiques pourraient être pires que celles des tarifs douaniers américains, dans un contexte où les entreprises refusent déjà des contrats faute de main-d'œuvre. Ce qui était vrai pour un dossier déposé une année ne l'est pas forcément pour celui déposé l'année suivante.
Dans notre cas, on avait déposé les deux, un PSTQ et un Entrée Express, en parallèle, sans savoir lequel irait au bout en premier. C'est l'Entrée Express qui a abouti : le courriel confirmant la résidence permanente est arrivé après juste avoir obtenu le CSQ.
J'ai écrit un article dédié pour l'Entrée Express
Pour aller plus loin
- PEQ pour les étudiants étrangers au Québec : timing et stratégie 2026
- Why the controversy over Quebec ending PEQ program isn't going away anytime soon – CBC News
- CIMM – Permis de travail ouverts et permis de travail liés à un employeur donné – Canada.ca
- Requirements under the Skilled Worker Selection Program – Gouvernement du Québec
- Entrée Express : témoignage de 2 candidates – pvtistes.net
- Le CPQ dénonce les nouvelles annonces en immigration



