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Pourquoi choisir ?

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Je lui ai demandé : tu veux jouer au parc ou regarder la télé ? C'était une question fermée, de celles qu'on pose sans y réfléchir, pour trancher vite entre deux options avant de partir. Il a répondu : jouer au parc, et puis regarder la télé.

Je n'ai pas insisté. Mais la phrase m'est restée.

Parce que moi, enfant, je n'aurais jamais répondu ça. On me proposait deux choses, j'en choisissais une. C'était la règle du jeu, une règle si évidente que je ne l'ai jamais remise en question. Lui venait de la casser sans effort, sans même sembler conscient qu'il y avait une règle à casser.

Ce genre de moment, où un enfant répond à côté de la question qu'on croyait poser, revient souvent plus profond qu'il n'en a l'air. Des chercheurs qui font de la philosophie avec des enfants, comme Jana Mohr Lone, notent que leurs questions ne sont pas de simples curiosités à sourire poliment : elles touchent déjà au fond des choses, au sens des concepts ordinaires qu'on utilise sans les examiner. Une enfant de sept ans qu'elle cite résume ça en une phrase : « en philosophie, on fait grandir notre esprit. » La question du parc et de la télé n'avait rien de philosophique en apparence. Mais la réponse, elle, remettait en cause une prémisse que je n'avais jamais pensé à questionner : qu'il fallait choisir.

Pourquoi fallait-il choisir, au fond ? Le réflexe vient d'une idée qu'on appelle parfois le paradoxe du choix : plus on nous propose d'options, plus on ressent de pression à n'en garder qu'une, et plus cette unique option nous paraît imparfaite, puisqu'on sait tout ce qu'on a laissé tomber pour l'obtenir. Choisir, dans cette logique, c'est toujours un peu perdre. On appelle ça le renoncement : la part qu'on sacrifie pour obtenir l'autre part. Le parc contre la télé. Le sport contre les études.

J'ai pensé à cette dernière paire parce qu'elle me concerne directement. Plus jeune, j'ai choisi l'étude plutôt que le sport. Pas parce que l'un excluait l'autre dans l'absolu, mais parce que j'avais appris, sans qu'on me le dise jamais explicitement, qu'on ne pouvait pas vraiment exceller aux deux. Qu'il fallait trancher, se spécialiser, mettre ses œufs dans un seul panier pour avoir une chance d'y réussir. Avec le recul, j'aurais pu essayer les deux. J'aurais peut-être moins bien réussi à l'un des deux, ou aux deux à la fois. Mais au moins j'aurais essayé, au lieu de fermer une porte sans même avoir vérifié si elle menait quelque part.

Mon fils, lui, n'a pas ce réflexe de fermeture. Et ce n'est pas qu'un trait de caractère isolé : il existe même un mot pour les gens qui, adultes, gardent cette capacité à ne pas se limiter à une seule voie. La conférencière Emilie Wapnick appelle ça les « multipotentiels » : des personnes qui ont plusieurs centres d'intérêt et qui, au cours d'une vie, peuvent exercer plusieurs métiers plutôt qu'une seule vocation. L'idée qu'on devrait tous avoir une passion unique, un fil rouge, une chose pour laquelle on est fait, n'est pas une loi de la nature. C'est une attente sociale, et certaines personnes n'y correspondent simplement pas, sans que ça soit un défaut.

Alors je me suis demandé si le problème n'était pas dans le choix lui-même, mais dans l'endroit où je le plaçais. Si la vraie question, face au parc et à la télé, n'était pas « lequel des deux » mais « comment organiser le temps pour avoir les deux ». Le parc avant, la télé après. Les études et le sport, dans la même semaine, pas l'un à la place de l'autre. Ce n'est pas toujours possible : il y a des choix qui excluent vraiment l'autre option, le temps est fini, les journées ont vingt-quatre heures. Mais combien de fois ai-je traité comme un choix définitif ce qui n'était, en réalité, qu'un problème de calendrier ?

Je n'ai pas de réponse propre à cette question, pas de méthode que j'appliquerais désormais à chaque décision. Je sais seulement que depuis cette histoire de parc et de télé, quand je me retrouve face à deux options, je m'arrête une seconde de plus avant de barrer l'une des deux. Je me demande si c'est vraiment l'une ou l'autre, ou si c'est moi qui ai mal réparti mon temps. Parfois la réponse est oui, il faut choisir. Parfois non. J'aurais aimé le savoir avant, plus jeune, avant d'avoir refermé certaines portes pour de bon. Mais c'est lui qui me le rappelle, chaque jour, sans le savoir.

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